Il est étrange de penser que le sort d’un royaume entier puisse dépendre du caractère d’une seule personne au sommet, et plus étrange encore lorsque cette personne est bien intentionnée mais entourée de gens prêts à détruire les autres par jalousie. C’est ce que Darius le Mède a vécu dès le début de son règne.
Il convient de noter qu’il existe un autre Darius dans la Bible : Darius Ier le Grand, roi perse qui, des décennies plus tard, autorisa la reconstruction du temple à Jérusalem (Esdras 4 à 6 ; Aggée ; Zacharie). Ce sont des personnages différents, séparés par des générations, qu’il ne faut pas confondre.
Darius le Mède reçut le royaume lorsque Babylone tomba, la même nuit où Belshatsar vit écrite sur le mur la sentence de sa fin (Daniel 5:30-31). Il organisa le vaste empire en cent vingt satrapes et, parmi les trois administrateurs qui les supervisaient, choisit Daniel, déjà âgé et étranger, parce qu’il reconnaissait en lui des qualités exceptionnelles (Daniel 6:1-3).
Ce choix éveilla la jalousie des autres officiers. Comme ils ne trouvaient aucune faute dans l’administration de Daniel, ils attaquèrent sa foi : ils convainquirent Darius de signer un décret interdisant toute prière qui ne serait pas adressée au roi, sachant que Daniel continuerait à prier son Dieu (Daniel 6:4-9).
Lorsque le piège fonctionna, Darius comprit trop tard qu’il avait été manipulé. Il passa la journée à chercher un moyen de sauver Daniel et, ne trouvant aucune issue légale à sa propre loi, le vit jeter dans la fosse aux lions, disant seulement : « Que ton Dieu, que tu sers continuellement, te délivre ! » (Daniel 6:16).
La nuit suivante fut une nuit de jeûne et d’angoisse pour le roi, qui ne dormit même pas (Daniel 6:18). Au petit matin, il courut jusqu’à la fosse et cria le nom de Daniel ; en entendant la réponse selon laquelle Dieu avait envoyé un ange pour fermer la gueule des lions, il ordonna qu’on le sorte indemne et décréta que tout son royaume craigne le Dieu vivant de Daniel (Daniel 6:19-27).
L’histoire de Darius rappelle qu’occuper un poste de pouvoir ne libère personne de sa propre faiblesse : il fut roi, mais il fut aussi trompé par des conseillers envieux. Sa réaction, cependant, révèle quelque chose de plus grand : en voyant la fidélité de Daniel confirmée, il n’eut pas la fierté de maintenir son erreur, il changea de position publiquement, devant tout l’empire. Reconnaître qu’on s’est trompé, même quand on commande, reste une invitation pour quiconque dirige aujourd’hui.