Il y a des missionnaires qui apprennent la langue d’un peuple. Peu apprennent à penser comme ce peuple. Dan Crawford fut l’un d’eux : un Écossais qui passa des décennies seul parmi les habitants du Katanga, à l’intérieur du Congo, et qui insista sur le fait que la foi chrétienne ne s’enracine vraiment que lorsque le messager se dépouille de lui-même.
Il naquit le 7 décembre 1869 à Gourock, en Écosse, fils d’un capitaine de bateau de la rivière Clyde. Il quitta l’école à 14 ans pour travailler comme comptable. Il se convertit lors d’une réunion des Frères de Plymouth en 1887 et fut baptisé peu après.
En 1888, il rencontra Frederick Stanley Arnot, missionnaire tout juste arrivé d’Afrique, et sentit l’appel pour le continent. En mars 1889, il embarqua comme missionnaire indépendant lié aux Frères de Plymouth. En 1890, il arriva à Bunkeya, capitale du royaume de Msiri, dans la région du Katanga.
À la fin de 1891, Msiri fut tué lors d’un affrontement avec une expédition belge, et la population de Bunkeya se dispersa. Crawford s’installa alors sur les rives du lac Moero et y fonda la mission de Luanza, qui resterait sa base pour le reste de sa vie, presque toujours comme seul Européen parmi les habitants locaux.
En 1896, il épousa Grace Tilsley, après avoir longtemps été convaincu qu’un missionnaire ne devait pas se marier. Il parcourut la région, rendant visite aux chefs, intégrant d’anciens esclaves à la vie de la mission et étudiant en profondeur la langue et les coutumes des peuples bantous du Katanga.
C’était pourtant un homme au tempérament indépendant. Les biographes rapportent que Crawford avait du mal à travailler longtemps aux côtés de supérieurs et de collègues missionnaires, un trait qui le poussa à agir presque toujours isolé, loin des structures et du soutien d’autres missionnaires.
En 1904, il acheva la traduction du Nouveau Testament en langue luba. En 1912, lors de son unique congé en Europe, il publia “Thinking Black”, récit de 22 années parmi les peuples du Katanga qui défendait le respect de la culture locale plutôt que sa simple imposition. En 1926, il termina la Bible complète en luba et mourut quelques jours plus tard, à Luanza.
La conviction de Crawford, selon laquelle le missionnaire doit apprendre à penser comme le peuple qu’il sert, et non seulement habiter parmi lui, reste vivante partout où les missions chrétiennes cherchent aujourd’hui le respect des langues et des cultures locales comme chemin vers l’Évangile.