Qui n’a jamais eu envie d’arracher à la racine, une bonne fois pour toutes, un mal qui perdurait depuis des générations, sans demi-mesure ni négociation ? La vie de Jéhu naît précisément de cette impulsion : un commandant d’armée reçoit la mission d’en finir, de façon définitive, avec une dynastie corrompue.
Jéhu était général de l’armée d’Israël lorsqu’un jeune prophète, envoyé par Élisée, le trouva et versa de l’huile sur sa tête : « Voici ce que déclare l’Éternel, le Dieu d’Israël : Je t’oins comme roi d’Israël, sur le peuple de l’Éternel » (2 Rois 9:6). La réponse fut immédiate. Jéhu partit en char contre le roi Joram et le frappa d’une flèche entre les épaules.
En quelques jours, il tua aussi Achazia, roi de Juda, et ordonna qu’on précipite Jézabel d’une fenêtre à Jizréel. En apprenant sa fin, il reconnut que s’accomplissait la parole que l’Éternel avait prononcée par Élie (2 Rois 9:36). Il n’y avait aucune hésitation chez Jéhu, seulement de l’exécution.
La purge se poursuivit : les soixante-dix fils d’Achab furent tués à Samarie, les proches d’Achazia tombèrent à Beth-Équed, et enfin Jéhu réunit les prêtres de Baal dans un faux culte pour les exterminer tous et détruire le temple du dieu étranger. Ce fut le coup le plus complet que l’idolâtrie de Baal ait jamais subi en Israël.
Mais le même homme qui arracha Baal à la racine ne livra jamais son propre cœur tout entier. Il maintint les autels aux veaux d’or à Béthel et à Dan, le péché que Jéroboam avait introduit des générations plus tôt. La Bible rapporte que « Jéhu ne prit pas soin de suivre de tout son cœur la loi de l’Éternel » (2 Rois 10:31).
Dieu reconnut malgré tout son obéissance partielle : « Tes descendants occuperont le trône d’Israël jusqu’à la quatrième génération » (2 Rois 10:30). Le prophète Osée, plus tard, appellera l’excès de sang versé à Jizréel un péché à faire payer à la dynastie même de Jéhu (Osée 1:4).
L’histoire de Jéhu dérange parce qu’elle mêle une obéissance réelle à une violence qui a dépassé les limites de ce qui avait été ordonné. Dieu l’utilise, mais ne l’approuve pas sans réserve. C’est un avertissement nécessaire : faire ce qui est juste à moitié, ou pour de mauvaises raisons, ce n’est pas la même chose que servir Dieu de tout son cœur.