Combien de fois un appel spirituel exige-t-il de renoncer à la sécurité connue ? Lillian Trasher vécut ce choix à 23 ans : dix jours avant son mariage, elle rompit ses fiançailles avec un pasteur parce qu’elle ressentait un appel pour les missions qu’il ne partageait pas.
Née à Jacksonville, en Floride, en 1887, et élevée dans la foi catholique en Géorgie, elle passa sa jeunesse à s’occuper d’enfants dans un orphelinat en Caroline du Nord. En 1910, elle embarqua pour l’Égypte comme missionnaire indépendante, sans lien avec aucune junte missionnaire, emportant moins de cent dollars et la compagnie de sa sœur Jennie.
Quelques mois après son arrivée à Assiout, elle reçut une bébé nouveau-née dont la mère venait de mourir. Le 10 février 1911, elle ouvrit les portes de ce qui deviendrait l’Orphelinat Lillian Trasher. Au cours des cinq décennies suivantes, l’œuvre passa de quelques enfants à environ 1 200 orphelins et veuves. La seule interruption forcée survint en 1919, lorsque les autorités britanniques l’obligèrent à quitter l’Égypte pendant la révolution nationaliste contre la domination britannique. Elle mit à profit l’année suivante, aux États-Unis, pour lever des soutiens et rejoindre les Assemblées de Dieu, avant de retourner à Assiout en 1920.
Tout ne fut pas reconnaissance immédiate. Lors d’une rencontre de responsables pentecôtistes en Égypte, un collègue alla jusqu’à lui rappeler que s’occuper d’enfants n’était pas, selon lui, un véritable travail missionnaire, comme si prêcher valait plus que nourrir et éduquer les petits. Lillian répondit par toute une vie consacrée à eux. Elle fut aussi critiquée par certains collègues pentecôtistes pour avoir accepté des dons de chrétiens orthodoxes et de musulmans égyptiens, comme si coopérer avec ces communautés était une concession indue.
L’œuvre traversa aussi des années d’instabilité politique en Égypte. Pendant la vague nationaliste de 1933, lorsque les missions étrangères devinrent la cible d’une forte hostilité et que plusieurs missionnaires quittèrent le pays, elle resta à Assiout aux côtés des enfants.
Sur le plan financier, l’œuvre vécut des décennies dans la foi : Lillian frappait aux portes pour demander des dons et refusait de laisser un seul enfant sans nourriture, mais elle refusait aussi de contracter des dettes. Cette tension entre le besoin et la confiance marqua toute sa trajectoire.
Son histoire rappelle que l’appel de Dieu n’entre pas toujours dans les catégories attendues, et que prendre soin des petits est aussi une mission authentique. L’Orphelinat Lillian Trasher continue de fonctionner aujourd’hui, soutenu par des Églises égyptiennes, signe qu’un geste de compassion peut traverser les générations.